De l’entreprise à l’université, l’intelligence artificielle bouleverse les métiers et accélère la demande de nouvelles compétences. En Tunisie, comme dans le reste du monde, l’enjeu n’est plus seulement de maîtriser les technologies, mais de savoir apprendre, s’adapter et travailler avec elles.
L’intelligence artificielle s’impose désormais comme l’un des principaux moteurs de transformation du monde professionnel. Génération de contenus, analyse de données, automatisation de tâches, assistance à la décision ou encore développement informatique : les applications de l’IA se multiplient et modifient progressivement les méthodes de travail.
Cette évolution fait émerger une nouvelle priorité pour les entreprises, les universités et les systèmes de formation : préparer les travailleurs aux « Future Skills », ces compétences appelées à devenir essentielles dans une économie de plus en plus numérique.
Selon le Future of Jobs Report 2025 du World Economic Forum, les transformations économiques, technologiques et démographiques pourraient conduire, à l’horizon 2030, à la création de 170 millions d’emplois et au déplacement de 92 millions d’emplois, soit une création nette de 78 millions de postes. Le rapport souligne également que près de 39 % des compétences actuellement utilisées dans le travail pourraient évoluer ou devenir obsolètes d’ici 2030.
L’IA transforme plus qu’elle ne remplace
L’Organisation internationale du Travail apporte une nuance importante au débat sur l’avenir de l’emploi. Selon son étude publiée en 2025, environ un emploi sur quatre dans le monde se trouve dans une profession présentant un certain degré d’exposition à l’intelligence artificielle générative.
Cette exposition ne signifie toutefois pas nécessairement la disparition du métier. L’OIT estime que, dans la majorité des cas, l’IA devrait surtout entraîner une transformation des tâches.
Les métiers administratifs figurent parmi les plus exposés, mais l’évolution concerne également des professions utilisant déjà intensivement les technologies numériques, notamment dans les domaines de la finance, des médias, du développement logiciel et de la création de contenus.
Le professionnel ne disparaît donc pas forcément : son rôle évolue. Il peut être amené à utiliser l’IA pour gagner du temps, traiter davantage d’informations ou automatiser certaines opérations, tout en conservant la responsabilité de l’analyse, de la vérification et de la décision.
Les compétences qui prennent de la valeur
Dans ce nouvel environnement, les compétences purement techniques ne sont plus les seules à compter.
Le World Economic Forum identifie notamment l’IA et le big data, les réseaux et la cybersécurité ainsi que la culture technologique parmi les compétences dont la demande devrait connaître la croissance la plus rapide.
Parallèlement, les compétences humaines restent déterminantes : pensée créative, esprit critique, capacité d’adaptation, résilience, curiosité, communication et apprentissage continu.
Cette complémentarité entre compétences technologiques et humaines constitue l’une des caractéristiques majeures des métiers de demain.
Savoir utiliser une intelligence artificielle ne suffira donc pas. Il faudra également savoir lui poser les bonnes questions, vérifier ses réponses, identifier ses erreurs et replacer ses résultats dans leur contexte.
La Tunisie face au défi des compétences
Cette transformation concerne directement la Tunisie.
Une analyse de la Banque mondiale consacrée au marché du travail tunisien avait déjà montré l’importance croissante des compétences numériques. Sur plus de 59 000 offres d’emploi analysées sur les principales plateformes tunisiennes de recrutement en ligne en 2020-2021, environ 42 % exigeaient des compétences numériques, tandis que 16 % mentionnaient spécifiquement la programmation.
Ces données, qui portent sur une période antérieure à l’essor massif de l’IA générative, illustrent néanmoins une tendance de fond : les compétences numériques occupent une place croissante dans les besoins des employeurs.
Face à cette évolution, les politiques tunisiennes accordent davantage d’importance à l’identification des métiers émergents et aux compétences nécessaires à l’employabilité.
Le ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle travaille notamment sur le Référentiel tunisien des métiers et des compétences, destiné à mieux rapprocher les formations des besoins du marché du travail.


